Vous quittez votre poste alors qu’il vous reste des jours de repos et vous ne savez pas s’il vaut mieux les prendre ou les faire payer. Le lien entre démission et congés payés soulève surtout trois questions concrètes : le sort des jours non pris, l’effet sur le préavis et le montant réellement versé lors du solde de tout compte.
Les règles à retenir avant de quitter son poste
- Les jours acquis et non pris donnent droit à une indemnité compensatrice lors de la fin du contrat.
- Les congés validés avant la démission peuvent prolonger le préavis.
- Les congés posés après la notification ne prolongent généralement pas le préavis, sauf accord écrit contraire.
- L’employeur ne peut pas imposer la prise de congés pendant le préavis.
- Le montant dû est calculé selon la méthode la plus favorable entre le dixième et le maintien de salaire.
Les congés non pris sont-ils perdus après une démission ?
Non. En CDI, les congés payés acquis mais non utilisés à la date de fin du contrat doivent être réglés sous la forme d’une indemnité compensatrice de congés payés. Cette règle s’applique même lorsque la rupture vient du salarié.
La démission n’ouvre en principe droit à aucune indemnité de rupture comparable à celle d’un licenciement. Elle n’efface toutefois pas les sommes déjà gagnées, notamment le dernier salaire, les primes dues et le paiement des jours de congé restants.
| Situation | Règle applicable | Conséquence |
|---|---|---|
| Congés acquis et non pris | Ils doivent être payés à la rupture. | Une indemnité apparaît sur le solde de tout compte. |
| Congés pris avant le départ | Ils sont rémunérés comme des congés ordinaires. | Ils ne donnent pas lieu à un second paiement. |
| Congés acquis pendant le préavis | Ils doivent aussi être intégrés au calcul final. | Le montant dépend du nombre de jours acquis jusqu’à la fin du contrat. |
Quels documents doivent être remis ?
À la fin du préavis, l’employeur remet normalement le certificat de travail, le reçu pour solde de tout compte et l’attestation destinée à France Travail. Le détail de l’indemnité compensatrice doit apparaître clairement sur le reçu.
Dans les secteurs soumis à une caisse de congés payés, notamment le BTP, le mécanisme peut être différent. L’employeur fournit alors un justificatif des droits et c’est la caisse compétente qui verse tout ou partie de la somme. Ce point mérite d’être vérifié avant de réclamer un paiement directement à l’entreprise.
Le préavis dépend de la date à laquelle les congés ont été posés
Le point le plus souvent mal compris est la date à laquelle les congés ont été fixés par rapport à la notification de la démission. Je conseille de conserver toute preuve utile, comme l’outil de gestion des absences, un courriel ou une validation écrite, car quelques jours peuvent modifier la date réelle de départ.

| Moment où les congés ont été fixés | Effet sur le préavis |
|---|---|
| Congés validés avant la notification de la démission | Le préavis est suspendu pendant l’absence et prolongé d’une durée équivalente. |
| Démission notifiée pendant les congés | Le préavis commence au retour du salarié. |
| Congés convenus après la notification | Le préavis se poursuit normalement, sauf accord écrit prévoyant sa suspension. |
| Fermeture annuelle de l’entreprise | La fermeture ne prolonge pas le préavis. |
Un exemple simple
Une salariée pose et fait valider ses congés du 10 au 21 juin, puis remet sa démission le 5 juin avec un préavis d’un mois. Les congés interviennent avant la notification. Le préavis est donc interrompu pendant cette période et la fin du contrat est repoussée du nombre de jours concernés.
À l’inverse, si elle démissionne le 5 juin puis obtient l’accord de prendre deux semaines de congés du 10 au 21 juin, le préavis se termine en principe à la date initialement prévue. Un écrit est indispensable si les deux parties souhaitent que l’absence reporte réellement la fin du contrat.
Comment calculer l’indemnité compensatrice de congés payés
L’employeur doit comparer deux méthodes et retenir la plus favorable au salarié. La première correspond au dixième de la rémunération brute de la période de référence. La seconde consiste à maintenir le salaire que le salarié aurait perçu s’il avait travaillé.
| Méthode | Principe | Quand elle peut être intéressante |
|---|---|---|
| Règle du dixième | 10 % de la rémunération brute de référence, ajustés au nombre de jours concernés. | Lorsque la rémunération comporte des primes ou des éléments variables. |
| Maintien de salaire | La somme correspond au salaire qui aurait été versé pendant les congés. | Lorsque le salaire du mois est élevé ou que l’horaire réel est favorable. |
Un calcul chiffré
Une personne a perçu 30 000 € bruts sur la période de référence et conserve 8 jours ouvrables. Avec la règle du dixième, le calcul indicatif est le suivant : 30 000 × 10 % × 8 ÷ 30, soit 800 € bruts.
L’entreprise doit ensuite comparer ce résultat au maintien de salaire. Si cette seconde méthode donne 830 €, c’est ce montant qui doit être retenu. Le résultat exact dépend du calendrier, du mode de décompte des congés, des horaires réels et des éléments variables de rémunération.
Les jours ouvrables et les jours ouvrés ne se calculent pas de la même manière. Une entreprise peut décompter les congés sur une base de 30 jours ouvrables par an ou de 25 jours ouvrés. Il faut donc comparer des bases identiques et vérifier la convention collective avant de refaire le calcul.
Quelles sommes sont prises en compte ?
Le salaire de base, les heures supplémentaires et certaines primes régulières peuvent entrer dans le calcul. Les remboursements de frais, l’intéressement ou une prime exceptionnelle n’ont pas nécessairement le même traitement. Cette indemnité est assimilée à du salaire, ce qui signifie qu’elle est en principe soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu.
Vaut-il mieux prendre les jours ou demander leur paiement ?
La réponse dépend surtout de la date de départ souhaitée. Prendre les congés avant la démission peut permettre de récupérer du temps, mais cela repousse parfois la fin du contrat. Les laisser payer simplifie souvent le calendrier et évite de mélanger absence et préavis.
| Option | Avantage | Limite |
|---|---|---|
| Prendre les congés avant la démission | Permet de se reposer avant le départ. | La période peut modifier le début ou la fin du préavis. |
| Les prendre pendant le préavis | Permet de réduire la présence effective dans l’entreprise. | Il faut un accord clair, et le préavis ne sera pas forcément prolongé. |
| Recevoir l’indemnité à la fin | Le calendrier de départ reste plus lisible. | Le paiement intervient avec le solde de tout compte et non au moment où le congé aurait été pris. |
Après la notification de la démission, ni le salarié ni l’employeur ne peut imposer seul la prise de congés pendant le préavis. Si le salarié demande à partir plus tôt et que l’employeur accepte, cette dispense doit idéalement être écrite, car une dispense demandée par le salarié n’entraîne généralement aucun paiement du préavis non effectué.
La situation est différente lorsque l’employeur dispense lui-même le salarié d’exécuter le préavis. Dans ce cas, une indemnité compensatrice de préavis est normalement due, en plus du paiement des congés acquis et non pris. C’est une distinction financière importante, souvent perdue dans les échanges informels.
Les situations particulières qui changent la règle
Le contrat à durée déterminée
Le terme « démission » concerne le CDI. Un salarié en CDD ne peut pas rompre librement son contrat de la même façon. Une rupture anticipée n’est possible que dans certains cas, comme une embauche en CDI, un accord commun, une faute grave ou une inaptitude.
Lorsque le CDD prend fin, les congés acquis et non pris donnent également lieu à une indemnité compensatrice. Le calcul obéit toutefois à des règles spécifiques, souvent fondées sur 10 % de la rémunération brute totale versée pendant le contrat.
La fermeture collective de l’entreprise
Si l’entreprise ferme pour congés annuels pendant le préavis, cette fermeture ne repousse pas automatiquement la date de fin du contrat. Le salarié doit recevoir les sommes correspondant à la période concernée, avec une distinction entre la rémunération liée à la fermeture et l’indemnité des congés restant dus.
La convention collective
La convention collective peut prévoir un préavis plus court, des jours d’absence pour rechercher un emploi ou des règles plus favorables sur les congés. C’est souvent le premier document que je vérifie dans ce type de situation, car le contrat de travail ne donne pas toujours toute la réponse.
Lire aussi : Lettre de départ à la retraite - modèle, préavis et indemnité
Un départ lié à une souffrance au travail
Lorsque la démission intervient après du harcèlement moral, une dégradation de la santé ou un conflit sérieux, le calcul des congés ne doit pas faire oublier la question des preuves. Conservez les courriels, certificats médicaux, témoignages et échanges avec les représentants du personnel, sans envoyer de documents confidentiels à des personnes qui n’ont pas à les recevoir.
Le paiement des congés est une question comptable. Il ne règle pas nécessairement les autres conséquences juridiques d’une rupture dans un contexte de souffrance au travail. En cas de doute sur la qualification du départ, un conseil auprès d’un professionnel du droit peut éviter une décision difficile à corriger.
Les vérifications à faire avant le dernier jour
- Relire le contrat et la convention collective pour confirmer la durée du préavis.
- Noter le nombre de jours acquis, pris et restant à prendre.
- Rassembler les validations écrites des congés déjà posés.
- Demander par écrit les dates retenues si des congés doivent être pris pendant le préavis.
- Contrôler le calcul de l’indemnité selon les deux méthodes légales.
- Vérifier que le solde de tout compte mentionne distinctement le salaire, le préavis éventuel et les congés payés.
Je recommande de ne pas se contenter d’un montant global annoncé oralement. Un tableau simple avec les dates, les jours décomptés et la méthode utilisée suffit souvent à repérer une erreur avant que la relation ne se tende davantage.
Partir avec un calendrier clair et un solde vérifiable
Dans la plupart des CDI, les congés acquis non pris ne sont pas perdus après une démission. Ils sont payés à la rupture, tandis que l’effet des congés sur le préavis dépend principalement de leur date de validation et de l’accord écrit entre les parties.
Le réflexe le plus sûr consiste à fixer trois éléments par écrit : la date de notification, la date exacte de fin du préavis et le traitement des jours restants. Cette précaution ne rend pas le départ plus conflictuel, elle évite simplement que la dernière paie devienne le prolongement d’un désaccord déjà présent.