Un employeur ne peut pas mettre fin au contrat d’un salarié simplement parce qu’il atteint l’âge de la retraite. La mise à la retraite par l’employeur obéit à des conditions précises, avec des règles différentes entre 67 et 70 ans, une procédure à respecter et une indemnité minimale à calculer. Voici les points qui permettent de vérifier rapidement si la rupture est régulière et si les sommes versées sont correctes.
Les règles qui encadrent le départ imposé en fin de carrière
- Avant 67 ans, la mise à la retraite est en principe impossible, sauf exceptions limitées.
- Entre 67 et 69 ans, l’accord du salarié est nécessaire.
- À partir de 70 ans, l’employeur peut décider seul de la rupture.
- Le salarié bénéficie d’un préavis et d’une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement.
- Une rupture irrégulière peut être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Quand l’employeur peut-il mettre fin au contrat pour retraite
Le principe est simple, mais souvent mal compris. L’âge ne provoque jamais automatiquement la fin du contrat. Une clause du contrat ou de la convention collective qui prévoirait un départ obligatoire à un âge donné, parfois appelée clause couperet, ne peut pas être utilisée pour contourner la loi.
Avant 67 ans, l’employeur ne peut normalement pas imposer ce départ. Des dispositifs particuliers peuvent toutefois permettre une rupture plus précoce lorsque le salarié a atteint l’âge légal correspondant à sa génération et remplit les conditions pour obtenir une retraite à taux plein. Ces cas restent spécifiques et doivent être vérifiés dans le texte applicable à la situation.
À partir de 67 ans, l’employeur peut demander au salarié s’il souhaite quitter volontairement l’entreprise pour liquider ou continuer à percevoir sa pension. Le salarié conserve alors une véritable liberté de réponse. Dire non n’est pas une faute et ne peut pas justifier, à lui seul, une sanction ou un licenciement.
Le ministère du Travail distingue donc trois situations principales. Le tableau ci-dessous permet de ne pas confondre des mécanismes qui n’ont ni la même initiative ni les mêmes effets.
| Situation | Qui prend l’initiative | Accord du salarié | Indemnité principale |
|---|---|---|---|
| Départ volontaire à la retraite | Le salarié | Non, puisqu’il décide de partir | Indemnité de départ à la retraite |
| Mise à la retraite entre 67 et 69 ans | L’employeur | Oui | Indemnité au moins égale à celle d’un licenciement |
| Mise à la retraite à partir de 70 ans | L’employeur | Non | Indemnité de mise à la retraite |
| Rupture conventionnelle | Les deux parties | Oui, par définition | Indemnité spécifique négociée |
La procédure change selon l’âge du salarié
Entre 67 et 70 ans
L’employeur doit interroger le salarié par écrit, trois mois avant son anniversaire. Le salarié dispose ensuite d’un délai d’un mois pour répondre. Une réponse positive permet à l’employeur d’organiser la rupture, en respectant le préavis applicable.
Si le salarié refuse, ou si l’employeur ne respecte pas cette demande écrite, la mise à la retraite ne peut pas être prononcée pendant l’année qui suit. L’employeur pourra renouveler sa demande l’année suivante, jusqu’au 69e anniversaire inclus. Ce mécanisme laisse donc au salarié la possibilité de continuer à travailler pour améliorer ses droits, son niveau de pension ou simplement parce qu’il n’est pas prêt à partir.
À partir de 70 ans
Dès que le salarié a atteint 70 ans, l’employeur peut le mettre d’office à la retraite, sans recueillir son accord. Il doit néanmoins respecter le préavis et les règles prévues par la convention collective ou le contrat de travail lorsqu’elles sont plus favorables.
La loi n’impose pas forcément un entretien préalable comme pour un licenciement. Pour éviter une discussion sur la date ou le contenu de la décision, je recommande toutefois une notification écrite, idéalement par lettre recommandée avec avis de réception ou remise en main propre contre décharge.
Lire aussi : Résiliation judiciaire du contrat de travail - vos droits
Les situations particulières à ne pas oublier
Un salarié protégé, par exemple un élu du comité social et économique ou un délégué syndical, bénéficie d’une protection renforcée. L’autorisation de l’inspecteur du travail est requise, quel que soit son âge.
La rupture peut également poser problème pendant une suspension du contrat liée à un accident du travail ou à une maladie professionnelle. Dans ce contexte, une mise à la retraite décidée en violation de la protection applicable peut être déclarée nulle. Une analyse individuelle est alors indispensable.
Depuis la loi du 24 octobre 2025, le contrat de valorisation de l’expérience offre aussi un cadre expérimental particulier pour certains demandeurs d’emploi seniors recrutés en CDI. Il concerne notamment des personnes inscrites à France Travail âgées d’au moins 60 ans, ou 57 ans lorsqu’un accord de branche le prévoit. Ce dispositif ne doit pas être confondu avec la procédure ordinaire, car ses conditions et ses effets financiers sont spécifiques.
Préavis et indemnité ce que le salarié doit recevoir
La fin du contrat ne prend pas effet du jour au lendemain. Le préavis est en principe identique à celui prévu en cas de licenciement. La durée légale est d’un mois lorsque l’ancienneté est comprise entre six mois et moins de deux ans, puis de deux mois à partir de deux ans d’ancienneté.
Pour une ancienneté inférieure à six mois, il faut consulter la convention collective, le contrat et les usages applicables. Une convention collective peut aussi prévoir une durée plus longue. Si l’employeur dispense le salarié d’exécuter son préavis, il doit normalement verser une indemnité compensatrice correspondant aux rémunérations que le salarié aurait perçues.
L’indemnité de mise à la retraite ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement. Le minimum légal est calculé de la façon suivante.
| Ancienneté | Montant minimal |
|---|---|
| Jusqu’à 10 ans | Un quart de mois de salaire par année |
| À partir de la 11e année | Un tiers de mois de salaire par année |
Le salaire de référence correspond à la formule la plus favorable entre la moyenne des douze derniers mois et le tiers des trois derniers mois. Les primes annuelles ou exceptionnelles doivent être réintégrées au prorata lorsque la seconde méthode est retenue. Les années incomplètes sont calculées proportionnellement aux mois complets.
Par exemple, avec un salaire de référence de 2 200 euros et une ancienneté de 12 ans et 9 mois, le minimum atteint 7 516,67 euros. Une convention collective peut prévoir davantage, mais les indemnités ne se cumulent pas si elles ont le même objet. Je conseille donc de comparer le calcul légal avec la convention collective avant de signer le solde de tout compte.
Les autres sommes et documents à contrôler
L’indemnité principale ne règle pas tout. Le salarié doit aussi percevoir le salaire restant dû, les éventuelles heures supplémentaires, ainsi que l’indemnité compensatrice correspondant aux congés payés non pris.
Il faut également vérifier les droits issus de l’intéressement, de la participation, de l’épargne salariale et du compte épargne-temps. Ces éléments sont parfois oubliés dans les échanges de fin de carrière, alors qu’ils peuvent représenter une somme significative.
L’employeur doit remettre plusieurs documents de fin de contrat, notamment le certificat de travail, le reçu pour solde de tout compte et l’attestation destinée à France Travail. Cette dernière constitue une formalité administrative. Elle ne transforme pas la rupture en licenciement et ne garantit pas automatiquement le versement d’une allocation chômage.
Sur le plan social, l’Urssaf indique qu’en 2026 la contribution patronale spécifique sur la part exonérée de cotisations de l’indemnité est fixée à 40 %. Cette contribution est due par l’employeur et ne doit pas être déduite mécaniquement de l’indemnité brute annoncée au salarié. Le régime fiscal et social effectivement appliqué dépend toutefois du montant versé et des plafonds en vigueur.
Pour contrôler un bulletin ou un solde de tout compte, je vérifie toujours quatre éléments dans cet ordre.
- La date exacte de fin du contrat, en tenant compte du préavis.
- Le salaire de référence retenu et la méthode de calcul la plus favorable.
- L’ancienneté prise en compte jusqu’à la rupture effective.
- Les congés, primes, heures supplémentaires et dispositifs d’épargne encore dus.
Que faire en cas de pression ou de mise à la retraite irrégulière
Un employeur peut expliquer sa décision par la gestion des effectifs, la transmission des compétences ou la réorganisation d’un service. Ces considérations ne l’autorisent pas à maquiller un licenciement ou à exercer une pression pour obtenir un départ prétendument volontaire.
Les signaux d’alerte sont assez concrets. Il peut s’agir de remarques répétées sur l’âge, d’une mise à l’écart soudaine, d’une dégradation injustifiée des missions, d’une invitation insistante à signer une rupture conventionnelle ou de représailles après un signalement de harcèlement moral. La fin de carrière ne supprime ni la protection contre la discrimination ni celle contre le harcèlement.
Dans cette situation, je recommande de conserver les courriels, convocations, bulletins de salaire, témoignages et comptes rendus d’entretien. Il est utile de noter les faits avec leurs dates et leurs conséquences, sans exagération et sans effacer les messages qui pourraient sembler anodins pris isolément.
Le salarié peut demander conseil au CSE, à un représentant syndical, à l’inspection du travail ou à un avocat en droit social. Le conseil de prud’hommes peut être saisi lorsque les conditions légales ne sont pas réunies. En principe, l’action portant sur la rupture se prescrit par 12 mois à compter de sa notification, tandis que les actions liées à une discrimination ou à un harcèlement peuvent obéir à un délai de cinq ans à compter de la révélation des faits.
Lorsque la mise à la retraite est prononcée sans accord alors que le salarié a moins de 70 ans, ou sans respecter les règles propres à sa situation, la rupture peut être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Le juge examinera alors les circonstances concrètes, les documents échangés et le comportement de l’employeur.
Les bons réflexes avant de quitter l’entreprise
Je déconseille de répondre dans la précipitation à une demande de départ. Il faut d’abord vérifier son âge exact, la date de la demande, le délai d’un mois pour répondre, la convention collective et l’impact du départ sur la pension.
- Demander une proposition écrite avec la date de rupture et le montant de l’indemnité.
- Comparer le calcul légal avec les dispositions conventionnelles.
- Faire vérifier son relevé de carrière avant de liquider sa retraite.
- Ne pas signer une rupture conventionnelle ou un reçu définitif sous pression.
- Consulter rapidement un professionnel en cas de discrimination, de harcèlement ou de désaccord sur les sommes dues.
Le point le plus important reste la distinction entre une proposition et une décision imposée. Jusqu’à 70 ans, le salarié conserve une marge de choix réelle. Une fin de carrière correctement préparée protège à la fois les droits financiers, la continuité de la couverture sociale et la possibilité de partir dans des conditions psychologiquement acceptables.